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Monnaies françaises · Royales

Liards, deniers et sols royaux

XVIe-XVIIIe siècle

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Strasbourg · mise à jour le

Sol en cuivre de Louis XV dit à la vieille tête, 1770, avers : tête laurée du roiSol de Louis XV de 1770, revers : écu de France couronné, atelier de Strasbourg (BB)
Photos : Paris Musées / musée Carnavalet, CC0, via Wikimedia Commons, détourées sur fond noir.
Fiche technique
MétalCuivre (deniers et doubles tournois, liards, sols) ; billon à 250 ‰ d'argent (sous marqués, sols aux deux L)
Système1 livre = 20 sols = 240 deniers ; 1 liard = 3 deniers, soit un quart de sol
Poids repèresLiard : environ 3,06 g (3,82 g pour celui de Louis XIV) ; sol de cuivre : environ 12,2 g ; sou marqué : 2,18 g ; double tournois : 2,5 à 3,1 g
Diamètre17 à 31 mm selon la pièce
Années de frappeXVIIe et XVIIIe siècles pour les types présentés, jusqu'en 1793
AteliersA (Paris), AA (Metz), B (Rouen), BB (Strasbourg), D (Lyon), K (Bordeaux), R (Orléans), S (Reims), W (Lille), & (Aix), et de nombreux autres
GraveurRoettiers puis Duvivier au XVIIIe siècle
TrancheLisse, sauf exceptions
RéférencesGadoury 79 (liard 1654), 251 (sou marqué), 276 (sol de Louis XV), 348 (liard de Louis XVI) ; Droulers ; Duplessy
Catégoriesfrançaises

Liards, deniers et sols sont les petites pièces de cuivre et de billon de l'Ancien Régime, celles du marché et de la vie de tous les jours. On les reconnaît à leur métal brun ou grisâtre, à leur petit module et à la mention de leur nom sur certaines faces, comme « LIARD DE FRANCE ». Frappées par centaines de millions, elles se retrouvent souvent dans les jardins, les greniers et les boîtes de famille, presque toujours usées.

Identification

Liards, deniers et sols royaux : reconnaître la pièce

Sol en cuivre de Louis XV dit à la vieille tête, 1770, avers : tête laurée du roi

Avers

Le buste ou la tête du roi, avec sa titulature en latin, puis en français à partir de 1791. Sur les petites pièces de cuivre de Louis XIII, la légende donne souvent le nom de la pièce, par exemple « DOUBLE TOURNOIS ».

Sol de Louis XV de 1770, revers : écu de France couronné, atelier de Strasbourg (BB)

Revers

Selon le type : trois fleurs de lis, l'écu de France couronné, deux L couronnés et entrelacés, ou la mention « LIARD DE FRANCE ». Sur les pièces constitutionnelles de 1791-1793, un faisceau dans une couronne de chêne. La lettre d'atelier figure sous l'écu ou dans le champ.

Tranche
Lisse sur la plupart des types ; cannelée sur le liard de Louis XVI selon Coinvarieties.
Graveur
Norbert Roettiers pour le liard au buste adolescent de Louis XV ; George Roettiers pour le sol de la même série ; Joseph-Charles Roettiers pour les pièces aux deux L couronnés ; Pierre-Benjamin Duvivier pour les liards et sols de Louis XVI.
Millésimes et tirages

Liards, deniers et sols royaux : les dates à connaître

Ces pièces existent en un très grand nombre de dates et d'ateliers, souvent mal lisibles. Le tableau présente les types que l'on rencontre le plus, avec quelques tirages relevés pour donner un ordre de grandeur. Pour situer une pièce, regardez d'abord le métal, puis le module et le revers.

Liards, deniers et sols royaux : millésimes et tirages
PièceRègneAnnéesMétal et poidsRemarque
Double tournois (2 deniers)Louis XIIItypes de 1637-1643Cuivre, 2,5 à 3,1 gNom de la pièce écrit au revers
Liard 1654 de CorbeilLouis XIV1654Cuivre, environ 3,8 g4 075 pièces seulement
Liard de France au buste juvénileLouis XIV1655-1658Cuivre, 3,82 g, 23 mmPlusieurs centaines de millions frappés
Liard de France au buste âgéLouis XIV1693-1701CuivreResté en circulation très longtemps
Liard au buste adolescentLouis XV1719-1723Cuivre, 3,06 g, 20-21 mm40 millions autorisés ; existe à Strasbourg (1720 BB)
Sol au buste enfantinLouis XV1719-1728 et 1734Cuivre, 12,23 gParis 1719 : 2 037 600
Sou marqué (2 sols aux deux L couronnés)Louis XV1738-1769Billon 250 ‰, 2,18 gStrasbourg 1738 : 441 882 ; démonétisé en 1845
Sol aux deux L couronnésLouis XV1739-1748Billon 250 ‰, 1,09 gPresque tout frappé en 1740 ; Strasbourg 1740 : 83 904
LiardLouis XVdès 1767CuivreReprise des liards après une interruption depuis 1723
LiardLouis XVI1777-1791Cuivre, 3,06 g, 23,5 mmAix 1782 : 567 000 ; Strasbourg 1785 : 96 000
SolLouis XVI1777-1791Cuivre, 12,23 gOrléans 1782 : 180 733
6 deniers constitutionnelLouis XVI1792Cuivre, 6,11 g, 26 mmFaisceau dans une couronne de chêne ; existe à Strasbourg

Types, poids et tirages relevés sur Coinvarieties (qui cite Droulers, Duplessy, Gadoury), Numista pour le double tournois, le liard de Louis XIV et le liard 1785 BB. Les liards et douzains en billon du XVIe siècle, ainsi que les nombreuses frappes féodales, ne sont pas couverts ici.

Lire une petite monnaie royale

Commencez par le métal. Une pièce brune ou verdâtre, assez lourde pour sa taille, est en cuivre : liard, denier, double tournois ou sol. Une pièce grise, mince et légère, est en billon, un alliage pauvre en argent : c'est souvent un sou marqué de Louis XV.

Mesurez ensuite le module. Un cuivre de 20 à 23 mm et d'environ 3 g est en général un liard. Un cuivre de 28 à 31 mm pour une douzaine de grammes est un sol. Le demi-sol se situe entre les deux.

Lisez enfin ce qui reste de la légende et du revers. « LIARD DE FRANCE » désigne Louis XIV ; deux L entrelacés et couronnés désignent Louis XV ; l'écu de France entre deux branches et la date des années 1777 à 1791 désignent souvent Louis XVI. La lettre d'atelier, quand elle se lit, complète l'identification.

Rappelez-vous l'échelle : 12 deniers font un sol, 20 sols font une livre. Le liard compte pour 3 deniers, c'est-à-dire un quart de sol.

Liards, deniers et sols royaux : variantes et faux connus

Les variétés de ces petites pièces tiennent surtout aux ateliers, aux différents (petits signes du maître et du graveur) et aux bustes. Sur le sol de Louis XV au buste enfantin, Coinvarieties cite par exemple des différents en trèfle ou en fleur. À Strasbourg, le sol aux deux L de 1740 porte un cœur et une molette, signes du graveur Pierre l'Écrivain et du directeur Jean Louis Béyerlé.

Les contrefaçons d'époque existent : de faux sous marqués coulés ou frappés en cuivre étamé circulaient au XVIIIe siècle, et les catalogues les classent à part. Elles sont souvent plus légères, avec des lettres irrégulières. Les copies modernes sont rares sur ces pièces très communes.

Beaucoup de pièces de cuivre trouvées en terre sont corrodées. Ne les grattez pas et ne les plongez dans aucun produit : vous détruiriez la surface et la date. Le guide pour reconnaître une fausse pièce et pourquoi ne pas nettoyer une pièce vous aideront.

Liards, deniers et sols royaux : les pièces à ne pas confondre

Les jetons de compte et de cuivre, très nombreux aux XVIIe et XVIIIe siècles, ressemblent à des liards. Ils portent souvent un sujet allégorique, une devise ou le nom d'une institution, mais pas de mention de pièce ni de lettre d'atelier.

Les monnaies de cuivre de la Révolution (1793-an 8), comme les sols au faisceau ou les décimes, prolongent la série mais n'ont plus de roi : légende « REPUBLIQUE FRANÇAISE ». Les liards et deniers des seigneuries et principautés voisines (Bouillon, Sedan, Dombes, Lorraine) ont un module proche et un revers différent ; leur légende ne donne pas le titre de roi de France.

Enfin, au XIXe siècle encore, on parlait de « sous » pour les pièces de 5 et 10 centimes. Une pièce datée après 1795 libellée en centimes n'est donc pas un sol royal. Pour les pièces romaines ou gauloises de cuivre, voyez les monnaies anciennes.

Liards, deniers et sols royaux : les états de conservation

Ces petites monnaies ont circulé de main en main pendant des décennies, parfois plus d'un siècle : la grande majorité se trouve en état B ou TB, avec un portrait aplati et une légende partielle. Coinvarieties note que le liard de 1720 est courant en état modeste mais difficile à trouver en bel état, car les collectionneurs de l'époque ne gardaient pas ces cuivres.

Sur le portrait, regardez la chevelure et le profil : en TTB, les mèches restent séparées et l'œil se lit. Au revers, les fleurs de lis et la couronne sont les premiers éléments à s'aplatir. Sur les sous marqués en billon, l'usure fait vite disparaître le trait des L.

Pour le cuivre, la couleur compte aussi : une patine brune régulière est normale. Des taches vertes actives, poudreuses, signalent une corrosion qui progresse ; gardez la pièce au sec. Voyez le guide des états de conservation.

Liards, deniers et sols royaux : histoire

Le cuivre entre dans la monnaie royale avec les doubles et deniers tournois du début du XVIIe siècle. Sous Louis XIV, la grande émission des liards de France, de 1655 à 1658, met en circulation plusieurs centaines de millions de pièces.

Sous Louis XV, le système de Law s'accompagne en 1719-1723 d'une frappe massive de liards, demi-sols et sols au buste du jeune roi. À partir de 1738, le sou marqué en billon devient la petite pièce la plus courante. Il compte théoriquement pour 24 deniers, mais son contenu en argent est bien plus faible ; il reste pourtant en usage jusqu'à sa démonétisation en 1845.

Louis XVI fait frapper à partir de 1777 de nouveaux liards et sols en cuivre, gravés par Duvivier. En 1792, dans l'urgence, la monarchie constitutionnelle fait frapper des pièces de 3, 6 et 12 deniers et des doubles sols à la légende française. Pour le contexte, voyez les monnaies royales et l'écu d'argent de la même époque.

À Strasbourg

Liards, deniers et sols royaux en Alsace

L'atelier de Strasbourg, lettre BB, a frappé une bonne part de ces petites monnaies au XVIIIe siècle. Les relevés publiés donnent par exemple 441 882 sous marqués en 1738 BB, 83 904 sols aux deux L en 1740 BB, 96 000 liards en 1785 BB, et des liards au buste adolescent de Louis XV datés 1720 BB. En 1792, Strasbourg frappe aussi des 6 deniers constitutionnels à la légende « FRANÇAIS ». Voir les monnaies de Strasbourg.

Liards, deniers et sols royaux : questions fréquentes

Comment distinguer un liard d'un sol ?

Par la taille et le poids : un liard de cuivre pèse environ 3 g pour 20 à 23 mm, un sol environ 12 g pour 28 à 31 mm. Le sol compte quatre liards.

Qu'est-ce qu'un sou marqué ?

Une pièce de billon de Louis XV, frappée de 1738 à 1769, avec deux L couronnés et entrelacés. Elle comptait pour 2 sols et a circulé jusqu'en 1845.

Ma pièce de cuivre est verte et illisible, que faire ?

Ne la nettoyez pas et gardez-la au sec. Un numismate peut souvent l'identifier par le module, le poids et les quelques détails encore visibles.

La lettre BB sur ma petite pièce, c'est quoi ?

C'est la marque de l'atelier de Strasbourg. Elle se trouve sur de nombreux liards, sols et sous marqués du XVIIIe siècle.