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Monnaies étrangères · Autriche

Thaler de Marie-Thérèse

Autriche · 1780 (refrappes) · Argent

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Strasbourg · mise à jour le

Thaler de Marie-Thérèse, avers : buste voilé de l’impératrice à droiteThaler de Marie-Thérèse daté 1780, revers : aigle bicéphale couronné portant l’écu des Habsbourg
Photos : Metropolitan Museum of Art, CC0, via Wikimedia Commons, détourées sur fond noir.
Fiche technique
PaysAutriche
MétalArgent 833 ‰ (835 ‰ pour les frappes de Rome)
Poids28,07 g (28,0668 g théoriques)
Argent fin23,389 g
Diamètre40 mm environ (39,5 à 41 mm selon les ateliers)
Épaisseur2,5 mm
Millésime1780, figé depuis la mort de l'impératrice
Années de frappe1741 à 1780 avec date réelle, puis 1780 figé jusqu'à aujourd'hui
AteliersGünzburg (S. F.), Vienne, Prague, Kremnitz, Karlsburg, Hall, Milan, Venise ; puis Rome, Paris, Londres, Bruxelles, Utrecht, Birmingham, Bombay
Tranche« IUSTITIA ET CLEMENTIA » en relief
RéférencesHafner (classement des variétés 1780) ; KM# T1 pour les refrappes
Catégoriesétrangères, argent

Le thaler de Marie-Thérèse est une grande pièce d'argent autrichienne qui porte presque toujours la date de 1780, année de la mort de l'impératrice. On le reconnaît à son buste voilé, à l'aigle bicéphale du revers et à la tranche en lettres « IUSTITIA ET CLEMENTIA ». Il a été frappé sans interruption pendant plus de deux siècles pour le commerce en Afrique et au Proche-Orient : la quasi-totalité des exemplaires rencontrés sont des refrappes officielles.

Identification

Thaler de Marie-Thérèse : reconnaître la pièce

Thaler de Marie-Thérèse, avers : buste voilé de l’impératrice à droite

Avers

Buste de Marie-Thérèse à droite, en veuve, avec un voile et une broche de perles sur l'épaule. Légende « M · THERESIA · D · G · R · IMP · HU · BO · REG · » (Marie-Thérèse, par la grâce de Dieu impératrice des Romains, reine de Hongrie et de Bohême). Les initiales « S. F. » figurent sous le buste.

Thaler de Marie-Thérèse daté 1780, revers : aigle bicéphale couronné portant l’écu des Habsbourg

Revers

Aigle bicéphale couronné portant sur la poitrine un écu aux armes des possessions habsbourgeoises. Légende « ARCHID · AVST · DUX · BURG · CO · TYR · 1780 · X · » (archiduchesse d'Autriche, duchesse de Bourgogne, comtesse du Tyrol). Le petit sautoir « X » rappelle le pied monétaire de la convention de 1750.

Tranche
Inscription en relief « IUSTITIA · ET · CLEMENTIA » (justice et clémence), entre des ornements. Elle servait de protection contre le rognage.
Graveur
Les initiales S. F. ne sont pas celles d'un graveur : elles désignent Tobias Schöbl et Joseph Faby, responsables de l'atelier de Günzburg, dont le coin a servi de modèle à toutes les refrappes.
Millésimes et tirages

Thaler de Marie-Thérèse : les dates à connaître

Le millésime ne sert à rien pour dater un thaler 1780 : il faut regarder la broche de l'épaule (nombre de perles), les initiales sous le buste, le dessin de l'aigle (notamment la queue) et l'aspect général. Les frappes d'époque de Günzburg et les variétés anciennes de Vienne intéressent les collectionneurs ; les refrappes du XXe siècle forment l'essentiel des pièces rencontrées.

Thaler de Marie-Thérèse : millésimes et tirages
TypeMillésime figéPériode de frappe réelleAteliersRemarque
Thalers du règneaucun : date réelle (1741 à 1780)1741-1780Vienne, Prague, Kremnitz, Hall, Günzburg et autresPortraits successifs ; voile de veuve après 1765.
Type 1780 de Günzburg, broche de type I1780années 1780 à vers 1802GünzburgFrappes d'époque signées S. F., les plus recherchées.
Type 1780 de Günzburg, signature T.S.-I.F.17801795-1797GünzburgSignature des responsables suivants de l'atelier.
Vienne, broche à perles17801780 à 1853 environVienneBroche à 4 à 8 perles selon la variété.
Autres ateliers habsbourgeois1780fin XVIIIe à milieu XIXe sièclePrague, Karlsburg, Kremnitz, Milan, VeniseSignatures propres à chaque atelier (A.H.-G.S., P.S.-I.K., S.K.-P.D.…).
Vienne, aigle à queue 1-3-11780depuis 1853Vienne surtoutType le plus courant des refrappes.
Frappes de Rome1780à partir de 1935RomeConcession italienne de 25 ans ; argent 835 ‰, pièce un peu plus légère.
Frappes britanniques et indiennes, queue 1-2-117801936-1961Londres, Bombay, Calcutta, BirminghamFrappées en grand nombre, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale.
Autres frappes étrangères1780XXe siècle (n. c.)Paris, Bruxelles, UtrechtPeu documentées ; à faire identifier.
Refrappes de la Monnaie de Vienne1780depuis 1946Vienne (Münze Österreich)Plus de 49 millions d'exemplaires ; pièces neuves, souvent brillantes.
Imitations et faux1780XIXe-XXIe sièclelocales ou modernesPoids souvent trop faible, métal parfois sans argent.

Classement simplifié d'après le tableau des variétés de Leypold et Hafner publié sur theresia.name, et les articles Wikipédia (de, en). Environ 389 millions de thalers ont été frappés entre 1751 et 2000 ; aucun tirage par atelier et par période n'est disponible de façon fiable, d'où l'absence de colonne Tirage.

Refrappe officielle, frappe d'époque ou imitation

Trois indices orientent : l'aspect, la broche et l'aigle. Une refrappe de la Monnaie de Vienne d'après 1946 arrive en général sans usure, avec des reliefs nets et un champ brillant ; une pièce d'un poids et d'un dessin corrects mais sans aucune trace de circulation est presque toujours une refrappe récente. Les frappes d'époque de Günzburg ont une broche d'un dessin particulier (type I du classement) ; les variétés viennoises anciennes ont une broche à perles, dont le nombre varie de quatre à huit. Au revers, les plumes de la queue de l'aigle, disposées en 1-3-1 depuis 1853 et en 1-2-1 sur les frappes britanniques et indiennes de 1936 à 1961, aident à classer les refrappes du XXe siècle.

Attention : aucun de ces indices ne suffit seul. Les initiales S. F. figurent aussi sur les refrappes, et certains détails dits « de refrappe » existent sur des pièces anciennes. L'attribution précise demande une comparaison avec le classement Hafner.

Les imitations de circulation, fabriquées localement en Afrique ou au Proche-Orient, pèsent souvent moins de 28 g et sont parfois en métal sans argent : elles se repèrent au poids. Les faux modernes destinés aux collectionneurs visent les variétés rares et se trahissent surtout par un poids inexact ou une tranche mal lettrée. Les contrôles de base sont dans le guide reconnaître une fausse pièce.

Thaler de Marie-Thérèse : les pièces à ne pas confondre

Les thalers de Marie-Thérèse à date réelle (1741 à 1780), frappés de son vivant : le millésime varie et le portrait change selon les années. Un thaler daté 1780 n'en fait pas partie, sauf frappe d'époque de cette même année, difficile à prouver.

Les thalers de convention d'autres souverains de la même époque (Joseph II, Léopold II, princes allemands) ont un format proche, mais leur légende et leur portrait sont différents.

Le tallero d'Érythrée, créé par l'Italie en 1890 pour concurrencer le thaler dans la Corne de l'Afrique, porte le buste du roi Humbert Ier. Les thalers de Ménélik II, frappés pour l'Éthiopie, montrent l'empereur et le lion éthiopien.

Les médailles et éditions spéciales de la Monnaie de Vienne, comme la série de 2017 pour les 300 ans de la naissance de Marie-Thérèse, reprennent le portrait mais portent une autre date ou une mention commémorative. Enfin, les copies de souvenir en métal argenté pèsent nettement moins et sonnent mat. Pour les autres pièces d'argent, voyez la rubrique monnaies d'argent.

Thaler de Marie-Thérèse : les états de conservation

Beaucoup de thalers ont réellement circulé, parfois pendant des décennies, en Éthiopie, au Yémen ou dans le golfe Persique. L'usure se lit d'abord sur l'avers : les plis du voile, la broche et le haut du buste s'aplatissent en premier, puis la joue et le menton. Au revers, la couronne et les petits quartiers de l'écu central perdent leur dessin, ainsi que les plumes des ailes. La tranche lettrée s'use aussi : une inscription effacée ou des ornements écrasés trahissent un long usage.

Les thalers ayant servi en Afrique portent souvent des marques : poinçons de contrôle, coups, traces de bélière ou de soudure quand la pièce a été portée en parure. Ces traces racontent l'histoire de la pièce mais en font des exemplaires de moindre intérêt pour un collectionneur de variétés.

Les refrappes récentes, elles, sont neuves : les défauts à regarder sont les marques de contact et les taches. L'argent noircit avec le temps ; une patine régulière est normale. Le guide nettoyer une pièce explique pourquoi il ne faut pas la retirer, et le guide états de conservation présente l'échelle utilisée.

Thaler de Marie-Thérèse : histoire

Marie-Thérèse règne sur les possessions des Habsbourg de 1740 à 1780. Les premiers thalers à son nom sont frappés en 1741. En 1750, un nouveau pied monétaire fixe le thaler à un dixième de marc de Vienne en argent à 833 millièmes, soit environ 23,39 g d'argent fin ; la convention monétaire de 1753 avec la Bavière étend cette norme à une grande partie de l'Allemagne. Après la mort de l'impératrice en novembre 1780, les ateliers continuent de frapper son thaler avec la date de 1780, sans plus jamais la changer.

La pièce a été adoptée par les marchands bien au-delà de l'Europe : en Éthiopie dès le XVIIIe siècle, en Arabie, au Yémen, à Mascate et jusqu'en Inde. Les populations voulaient ce modèle précis, ce qui a obligé les puissances à le reproduire. Le 19 septembre 1857, François-Joseph en fait officiellement une monnaie de commerce ; le thaler cesse d'être monnaie légale en Autriche le 31 octobre 1858, mais sa frappe continue pour l'exportation.

Au XXe siècle, l'Italie obtient en 1935 une concession de frappe de 25 ans, puis la Grande-Bretagne en frappe des millions à Londres et à Bombay, notamment pour la campagne d'Afrique orientale pendant la Seconde Guerre mondiale. À la fin de la concession, en 1961, l'Autriche demande aux autres pays de cesser leurs frappes ; le Royaume-Uni s'y range en 1962. La Monnaie de Vienne reste depuis le seul fabricant officiel. Retrouvez d'autres monnaies d'Europe centrale dans la rubrique monnaies étrangères.

À Strasbourg

Thaler de Marie-Thérèse en Alsace

Le thaler de Marie-Thérèse n'a pas circulé en Alsace, devenue française bien avant sa création. Son atelier d'origine, Günzburg, se trouvait en Souabe, dans l'Autriche antérieure, cet ensemble de possessions habsbourgeoises de l'Ouest auquel appartenait aussi la haute Alsace jusqu'en 1648. Dans les familles alsaciennes, on le retrouve surtout comme souvenir de voyage ou dans des collections de monnaies d'argent, presque toujours sous forme de refrappe.

Thaler de Marie-Thérèse : questions fréquentes

Mon thaler est daté 1780 : date-t-il vraiment de 1780 ?

Très probablement non. La date est restée figée après la mort de Marie-Thérèse et la pièce a été refrappée jusqu'à aujourd'hui. Seuls le dessin de la broche, de l'aigle et l'aspect de la pièce permettent d'estimer sa période de frappe.

Les initiales S. F. prouvent-elles une frappe ancienne ?

Non. Elles désignent les responsables de l'atelier de Günzburg au XVIIIe siècle, mais le coin de Günzburg a servi de modèle à toutes les refrappes, qui portent donc aussi S. F.

Combien de thalers de Marie-Thérèse ont été frappés ?

Environ 389 millions entre 1751 et 2000, dont plus de 49 millions par la Monnaie de Vienne depuis 1946. C'est l'une des pièces d'argent les plus frappées de l'histoire.

Pourquoi mon thaler porte-t-il un trou ou un anneau ?

En Afrique de l'Est et au Proche-Orient, le thaler servait aussi de parure : on le perçait ou on y soudait une bélière pour le coudre ou le porter en collier. Ces traces sont fréquentes sur les pièces ayant circulé.