Un double napoléon sur trente-six ans
La loi du 7 germinal an XI prévoit deux pièces d'or : le 20 francs et le 40 francs, taillé à 77,5 pièces au kilogramme. Le 40 francs suit fidèlement les changements de dessin du 20 francs sous le Consulat et l'Empire : Premier Consul, tête nue, type transitoire, tête laurée avec revers République, puis revers Empire de 1809 à 1813. Il n'existe pas de 40 francs des Cent-Jours.
Louis XVIII reprend le 40 francs en 1816, avec ses armes au revers et une tranche latine. Charles X le fait frapper de 1824 à 1830 en deux types de portrait. Louis-Philippe le conserve de 1831 à 1839, essentiellement à Paris. Après 1839, le 40 francs n'est plus frappé : le Second Empire préférera ajouter des pièces de 50 et 100 francs, voyez le 50 francs or et le 100 francs or.
Au total, la série dépasse à peine 5 millions de pièces, bien moins que les 20 francs de la même époque. On le rencontre donc moins souvent dans les successions.
40 francs or : variantes et faux connus
Les variétés les plus suivies tiennent à la tranche et aux petits signes du revers. En 1830, Charles X existe avec une tranche en creux, une tranche en relief (1 324 pièces) et une tranche lisse, dont le tirage n'est pas connu. En 1811 à Paris, certaines pièces ont une lettre d'atelier regravée sur le coq, et d'autres une inscription de tranche mal placée faute de place. Sur l'an XI, BDOR distingue des revers avec ou sans olive et une variété sans point après le coq. En 1824, Louis XVIII existe avec trois points, un point ou aucun point après la légende.
Le module de 26 mm et les faibles tirages de la Restauration ont attiré les contrefacteurs. Un faux se trahit souvent par un poids décalé, des lettres de tranche irrégulières, un relief mou sur la chevelure ou des champs granuleux. Une date rare comme 1823, 1826 ou 1827 doit être examinée chiffre par chiffre : une retouche sur une date courante est une manœuvre classique. Les repères à vérifier en premier : 12,90 g et 26 mm. Le guide pour reconnaître une fausse pièce donne la méthode.
40 francs or : les pièces à ne pas confondre
Le 20 francs Napoléon Ier et les 20 francs de la Restauration et de Louis-Philippe portent les mêmes portraits. Ils pèsent 6,45 g pour 21 mm : posée à côté, la différence de taille saute aux yeux, et le revers indique « 20 FRANCS » ou « 20 F. ».
Le 50 francs or de Napoléon III et de la IIIe République mesure 28 mm pour 16,13 g ; sa légende et sa date, postérieures à 1855, l'en distinguent sans hésitation. Le double louis de l'Ancien Régime a un format voisin, mais il porte une légende latine et une date antérieure à 1793.
Enfin, plusieurs pays de l'époque ont frappé des pièces de 40 en or au même standard, comme les 40 lire d'Italie ou de Parme. Leur légende n'est pas française et leur atelier n'est pas dans la liste ci-dessus.
40 francs or : les états de conservation
Sur le portrait, l'usure touche d'abord la chevelure au-dessus de l'oreille et la joue. Sur les types lauréés de Napoléon, les feuilles de laurier perdent leurs nervures, puis se confondent. Sur Louis XVIII et Charles X, regardez les mèches sur la tempe et le front. Sur Louis-Philippe, les boucles de la nuque.
Au revers, la couronne de feuillage sous Napoléon et Louis-Philippe, ou l'écu couronné sous la Restauration, sont les meilleurs repères : les fleurs de lis de l'écu et les perles de la couronne s'effacent vite. Le 40 francs, plus lourd, a souvent circulé dans des sacs avec d'autres pièces : chocs sur le listel et marques dans les champs sont fréquents et comptent dans la note d'état.
Une pièce montée en bijou, percée ou soudée perd beaucoup de son intérêt pour un collectionneur. Montrez-la telle quelle, sans la nettoyer : voyez le guide des états de conservation et pourquoi ne pas nettoyer une pièce.
40 francs or : histoire
Le 40 francs naît de la même loi que le franc germinal. Le Consulat veut une monnaie stable après les assignats, avec un rapport fixe entre l'or et l'argent. Le 40 francs sert alors aux paiements importants, là où le 20 francs suffit au quotidien.
Sous l'Empire, la carte des ateliers suit les conquêtes : Turin frappe des 40 francs dès l'an 14, Gênes en 1813. Sous la Restauration, Lille produit en 1818 le plus gros tirage de Louis XVIII. Sous Louis-Philippe, la production se concentre à Paris, avec de petites frappes à Rouen et Bayonne. Les dernières pièces, datées 1839, clôturent la série.
Pour replacer la pièce dans son époque, voyez les monnaies françaises du XIXe siècle et les autres monnaies en or.