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Monnaies anciennes

Monnaies romaines

IIIe s. av. J.-C. - Ve s.

Fiche rédigée par l'équipe de Maison Or & Bijoux Strasbourg · mise à jour le

Denier en argent d’Auguste, tête de l’empereur, aversDenier en argent d’Auguste, instruments du culte, revers
Photos : AdhesiveRegex, CC0, via Wikimedia Commons, détourées sur fond noir.
Fiche technique
MétauxOr, argent, billon (argent allié de cuivre), orichalque (laiton), cuivre, bronze
PériodeIIIe siècle av. J.-C. au Ve siècle
Système d'Auguste1 aureus = 25 deniers = 100 sesterces = 400 as
AteliersRome, puis de nombreux ateliers provinciaux (Lyon, Trèves, Arles…)
Marques d'atelierÀ l'exergue au Bas-Empire : TR (Trèves), LVG ou PLG (Lyon), ARL (Arles)…
RéférencesRIC pour l'Empire, Crawford (RRC) pour la République, Cohen, Sear
Catégoriesanciennes

Rome a frappé monnaie pendant plus de sept siècles, du denier d'argent créé vers 211 avant notre ère jusqu'au solidus d'or de l'Empire tardif. La plupart des pièces impériales se reconnaissent à leur portrait d'empereur entouré d'une légende latine abrégée. Ce sont les monnaies antiques que l'on rencontre le plus souvent, parce qu'elles ont été produites en quantités énormes et qu'elles circulaient dans toutes les provinces, Gaule comprise.

Identification

Monnaies romaines : reconnaître la pièce

Denier en argent d’Auguste, tête de l’empereur, avers

Avers

Sous l'Empire, le buste ou la tête de l'empereur (ou d'un membre de sa famille), lauré, radié ou diadémé, entouré d'une légende en abrégé : « IMP » (imperator), « CAES » (Caesar), « AVG » (Augustus), « P M » (grand pontife), « TR P » (puissance tribunicienne), « COS » (consul), « P P » (père de la patrie).

Denier en argent d’Auguste, instruments du culte, revers

Revers

Une divinité ou une personnification (Victoire, Concorde, Paix, Fortune), un monument, une scène militaire, avec une légende qui la nomme. Sur les bronzes du Haut-Empire, les lettres « S C » (sur décision du Sénat). Au Bas-Empire, une marque d'atelier à l'exergue, sous la scène.

Tranche
Lisse. Certains deniers de la République ont une tranche dentelée (deniers « serrati »). Une couture ou des bulles sur la tranche signalent une copie coulée.
Graveur
Non signées. On identifie une monnaie par l'empereur, le type du revers et l'atelier, avec les numéros de catalogue RIC (Roman Imperial Coinage) pour l'Empire et Crawford (RRC) pour la République.
Millésimes et tirages

Monnaies romaines : les dates à connaître

Les monnaies romaines ne portent pas d'année. On les date par l'empereur nommé et par les titres de la légende : le nombre de consulats (COS III) ou de puissances tribuniciennes (TR P VII) donne souvent l'année à un ou deux ans près. Le tableau classe les principales dénominations par période.

Monnaies romaines : millésimes et tirages
MonnaieMétalPériodeRemarque
DenierArgentVers 211 av. J.-C. – IIIe siècleEnviron 4,5 g à sa création, 3,8 g environ sous Auguste ; s'allège et perd son argent à partir de Néron.
QuinaireArgent (aussi or)République et EmpireDemi-denier, autour de 1,9 g en argent sous Auguste ; peu courant.
AureusOrFin de la République – début du IVe siècleEnviron 7,8 g sous Auguste, 7,26 g après la réforme de Néron (64).
SesterceOrichalque (laiton)Empire, Ier – IIIe siècleGrand bronze d'environ 25 g sous Auguste ; « S C » au revers.
DupondiusOrichalqueEmpire, Ier – IIIe siècleEnviron 12,5 g ; égal à deux as.
AsCuivreEmpire, Ier – IIIe siècleEnviron 11 g sous Auguste ; teinte plus rouge que le dupondius.
AntoninienBillon215 – fin du IIIe siècleCréé par Caracalla, empereur à couronne radiée ; argent tombé à quelques pour cent.
Follis (nummus)Bronze argentéRéforme de Dioclétien (294) – IVe siècleEnviron 9,7 g à sa création, puis allégé sans cesse.
SolidusOrVers 309/310 – Ve siècle et au-delàCréé par Constantin à Trèves, 1/72 de livre (environ 4,5 g) ; poursuivi à Byzance.
SiliqueArgentIVe – Ve siècle1/24 de solidus ; petite pièce mince.

Poids, dates et équivalences d'après Wikipédia (FR), « Monnaie romaine » et « Solidus », et Wikipédia (EN), « Roman currency ». Les poids sont théoriques : les exemplaires réels varient, surtout au IIIe siècle.

Monnaies romaines : les pièces à ne pas confondre

Le premier piège, ce sont les monnaies provinciales : frappées dans les cités grecques de l'Empire, elles portent bien le portrait de l'empereur, mais avec une légende en grec. Elles sont romaines par l'époque, grecques par la langue, et se classent à part (voir les monnaies grecques).

Viennent ensuite les imitations antiques. Dans les provinces occidentales, on a coulé ou frappé localement des copies de bronzes et d'antoniniens quand la monnaie officielle manquait, souvent plus petites et au style maladroit. Les deniers fourrés, à âme de cuivre sous une pellicule d'argent, sont des faux d'époque ; une cassure laisse voir le cuivre.

Il y a aussi les « Padouans » : à la Renaissance, le graveur Giovanni da Cavino, à Padoue, a créé des sesterces imités pour les amateurs, dont certains types n'ont jamais existé, comme un sesterce d'Othon. Des copies coulées de ses pièces circulent encore.

Enfin, ne confondez pas une monnaie romaine avec un jeton ou une médaille moderne au portrait d'empereur, vendus comme souvenirs : leur métal trop jaune, leur flan parfaitement rond et leur tranche régulière les trahissent.

Monnaies romaines : variantes et faux connus

Pour un même empereur, les variantes sont innombrables : buste lauré ou radié, cuirassé ou drapé, tourné à droite ou à gauche, légende longue ou courte, revers différents selon les années. Ce sont ces détails, et la marque d'atelier au Bas-Empire, qui donnent le numéro RIC. Les impératrices, les césars et les usurpateurs ont aussi leurs monnaies, souvent plus rares que celles des empereurs régnants.

Les faux modernes sont nombreux, surtout pour les deniers et les aurei des empereurs célèbres. Les copies coulées se trahissent par un aspect granuleux, des bulles ou des petits trous, des lettres molles et une couture sur la tranche. Les copies frappées récentes sont plus difficiles : poids et style sont proches, mais la patine est souvent artificielle, trop uniforme ou poudreuse. Une monnaie romaine d'or ou d'argent qui paraît neuve doit être examinée de près.

Au XIXe siècle, des faussaires comme l'Allemand Carl Wilhelm Becker ont gravé des coins pour imiter des monnaies antiques ; ses pièces sont aujourd'hui étudiées comme telles. Les contrôles de base sont décrits dans le guide reconnaître une fausse pièce.

Monnaies romaines : les états de conservation

Les monnaies antiques ne se jugent pas comme les pièces modernes. Sur l'avers, on regarde d'abord le portrait : les mèches de cheveux, les feuilles de la couronne de laurier, l'oreille et l'œil disparaissent les premiers. Sur le revers, la tête et la poitrine de la figure debout, puis les plis du vêtement. La lisibilité de la légende compte autant que le relief : une légende complète permet l'identification, une légende effacée la rend parfois impossible.

Le centrage de la frappe joue aussi : beaucoup de pièces ont été frappées décalées, et une partie de la légende manque sur le flan. Les bronzes portent une patine, verte, brune ou noire, formée pendant des siècles en terre ; une patine lisse et régulière est recherchée, une patine écaillée ou rongée par des taches vert clair poudreuses (corrosion active) signale un problème.

Surtout, ne nettoyez pas une monnaie romaine trouvée ou héritée : un bronze frotté perd sa patine et son intérêt, un denier poli prend un éclat artificiel. Voir les guides nettoyer une pièce et états de conservation.

Monnaies romaines : histoire

Rome se dote d'un vrai système monétaire pendant la deuxième guerre punique : vers 211 avant notre ère, le Sénat crée le denier d'argent. Sous la République, les deniers portent des types choisis par les magistrats monétaires, souvent à la gloire de leur famille. César puis Auguste installent l'aureus d'or et organisent un système stable, du sesterce de laiton à l'as de cuivre, avec le portrait de l'empereur comme signe d'autorité.

Néron allège l'aureus et le denier en 64. Au IIIe siècle, les guerres et les crises font fondre la part d'argent : Caracalla crée en 215 l'antoninien, double denier à couronne radiée, dont l'argent tombe à quelques pour cent. Dioclétien réforme le système en 294 avec un nouveau bronze argenté, le follis. Constantin crée vers 309 ou 310 le solidus d'or, qui restera stable pendant des siècles à Byzance.

Les ateliers se multiplient dans les provinces : Lyon frappe dès Auguste, Trèves et Arles deviennent des ateliers majeurs au IVe siècle. C'est pourquoi les monnaies romaines trouvées en France portent souvent ces marques d'atelier. Pour les autres monnaies antiques, voir la rubrique monnaies anciennes.

Une monnaie romaine doit avoir une origine licite : héritage, ancienne collection, achat auprès d'un professionnel. En France, utiliser un détecteur de métaux pour rechercher des objets archéologiques demande une autorisation préfectorale (article L542-1 du Code du patrimoine), et une découverte fortuite doit être déclarée en mairie (article L531-14). Si vous avez hérité d'un lot, conservez tout document qui en retrace l'origine : c'est la première question qu'un numismate vous posera.

À Strasbourg

Monnaies romaines en Alsace

Strasbourg est née d'un camp romain, Argentorate, installé sur le Rhin au début de notre ère : la IIe légion Auguste y stationne d'environ 15 à 43, puis la VIIIe légion Auguste à partir des années 90. En 357, l'empereur Julien y bat les Alamans. Les fouilles de la ville livrent régulièrement des monnaies romaines, et celles du Ier siècle ont fait l'objet d'une étude comparée avec d'autres sites militaires du Rhin supérieur. Aucun atelier monétaire romain n'est attesté à Argentorate : les pièces qui y circulaient venaient surtout de Rome, de Lyon puis de Trèves.

Monnaies romaines : questions fréquentes

Comment savoir de quel empereur est ma monnaie ?

Lisez la légende de l'avers : le nom suit généralement « IMP CAES » ou précède « AVG ». Avec le type du revers, il permet de retrouver la pièce dans le RIC ou sur Numista.

Pourquoi ma monnaie romaine n'a-t-elle pas de date ?

Les Romains ne dataient pas leurs pièces. Les titres de la légende (consulats, puissance tribunicienne) et l'empereur nommé permettent de situer l'émission, parfois à l'année près.

Que veulent dire les lettres « S C » ?

« Senatus consulto », par décision du Sénat. On les trouve sur les sesterces, dupondii et as du Haut-Empire.

Puis-je nettoyer une monnaie romaine trouvée dans un jardin ?

Non : la patine fait partie de la pièce. Et une découverte fortuite d'objet archéologique doit être déclarée en mairie, comme le prévoit le Code du patrimoine.